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mercredi 22 mai 2013

Avant l’AH, le Conseil des Résidents. Une page d’histoire


Voici un article qui peut être considéré comme une "bonne feuille" de mon livre à paraitre "Louvain-la-Neuve au temps des pionniers". Il m'a été demandé par l'Association des Habitants de Louvain-la-Neuve, qui a repris une partie de l'héritage du "Conseil des Résidents" de 1971.

Vos réactions et compléments sont les bienvenus.

Articule paru dans l'AH info n°134 - mai 2013 


Dès l’automne 1971, des membres de l’UCL, futurs habitants, se sont préoccupés de créer un organe « citoyen » autonome par rapport à l’Université, maître d’œuvre de la création de la ville. L’AH INFO a demandé à Paul Thielen, l’un des fondateurs du Conseil des Résidents, de nous retracer cette page d’histoire.
 
La genèse de la création du Conseil
 
À l’automne 1971, donc bien avant la première rentrée universitaire d’octobre 1972, l’UCL a organisé une visite du chantier, suivie en décembre d’une visite comparative du domaine du Sart-Tilman. Participaient à l’expédition de LLN essentiellement des responsables du « milieu de vie » et en particulier du secteur socioculturel. Alors que j’étais déjà venu visiter le site avec des amis ou des cousins, je me suis aperçu ce jour-là que la ville avait depuis peu pris visage. Les rues se dessinaient, beaucoup de bâtiments émergeaient de leur gangue de boue originelle. J’ai ressenti alors violemment qu’on risquait d’aller vers une « ville d’entreprise », version moderne des corons, avec une Université propriétaire, employeur, gestionnaire des services publics, édictrice de choix moraux, promoteur immobilier… Cela ne correspondait pas à mon rêve d’une ville nouvelle et me paraissait un grand danger pour l’Université.
 
Le contexte historique d’alors faisait craindre une impasse. Entre, d’une part, les Autorités de l’Université, particulièrement le recteur Massaux et le vice-recteur Devroede, et d’autre part, le personnel scientifique et les associations étudiantes, les rapports n’étaient pas simples. Il y avait eu le « rapport confidentiel » de la Pentecôte 1971 dénonçant aux évêques bon nombre de membres de la communauté et se promettant d’y mettre bon ordre à l’occasion du transfert en plaçant des éducateurs. On venait de connaître l’échec du GPA (Groupe de Programmation Académique) qui devait donner un nouveau visage à l’UCL et auquel le personnel avait consacré énormément d’énergie. Un slogan mortifère était répété : « participation, piège à cons ».
 
Il était important pour certains de changer la donne en créant à l’occasion de l’arrivée à LLN, une entité débarrassée de ce passé difficile et entièrement tournée vers l’avenir, en s’appuyant sur une nouvelle légitimité, celle de futurs acteurs du terrain urbain.
 
Sans délai je suis allé trouver, à son bureau d’Heverlee, Manu Lousberg, professeur à la Faculté de Sciences Appliquées – l’une des deux premières facultés à être transférées – et futur habitant. Nous avions en commun de vouloir l’« autonomie du milieu » et l’indépendance de la vie citoyenne par rapport aux hiérarchies propres à l’entreprise UCL.
 
À deux, nous avons décidé la création d’un Conseil représentatif des futurs acteurs de la vie à LLN. Aujourd’hui on appellerait cela une structure autoproclamée. Et nous avons réfléchi aux catégories qui devaient être présentes. Ceux qui avaient affirmé leur intention d’habiter LLN dans les années suivantes, ceux qui allaient y travailler, les commerçants et animateurs qui allaient rendre des services, … L’essentiel avant la rentrée d’octobre 1972 était de rassembler des personnes qui pourraient demander de l’information, en apporter et transmettre leurs souhaits entre l’UCL et les futurs acteurs, réagir aux projets au fur et à mesure de leur mise en forme.
Rapidement nous avons largement parlé de nos intentions aux futurs participants potentiels (AGL, associations du personnel, cercles et autres groupes auxquels étaient attribués des maisons ou des appartements communautaires dans la première phase…) et les avons invités à une réunion constitutive.
 
La première réunion officielle a eu lieu à Leuven le lundi 22 novembre 1971. On a choisi le nom de « Conseil des Résidents » de Louvain-la-Neuve. « Conseil » pour s’affirmer avec autorité en ayant comme base la citoyenneté émergente. Mais ni comité, groupe de travail, commission de contact … Ceci sans mettre en cause l’existence d’une série de rencontres auxquelles l’UCL et particulièrement le Secteur Social et Culturel avairnt convié des représentants de différentes entités. Pendant des mois, et selon l’inspiration des rapporteurs ou des preneurs de notes, le Conseil reçoit parfois l’épithète de provisoirefutur, … Mais dans mes notes manuscrites, on parle presque toujours de Conseil des résidents (CR). Le Conseil n’est pasprovisoire ou futur, seuls les résidents le sont. Et la composition est variable en fonction des disponibilités et des réflexions sur la représentativité et sur l’efficacité.
 
Il a été clairement décidé de ne pas parler d’habitants dans la dénomination mais de choisir un terme plus large pour parler des usagers de la ville : résidents souvent orthographié résidants.
 
Les premiers pas du CR
 
Dans son livre sur « Le grand dessein », Michel Woitrin saisit bien l’importance d’une telle affirmation : la vitalité du corps social constitué progressivement à Louvain-la-Neuve apparait dans les structures dont il s’est doté très tôt : un conseil des résidents a été créé dès le 22 novembre 1971 afin de tenter de faire contrepoids à l’Université omniprésente (propriétaire, gestionnaire et employeur). Les représentants des habitants furent associés sans retard aux délibérations du Comité de Coordination où ils apportaient leurs réflexions et leurs exigences propres, dans un esprit constructif.  « Très tôt », « dès le », « sans retard ».
 
Le Conseil fut admis sans problème dans les réunions d’instances préparant la ville nouvelle. Le contact le plus suivi fut maintenu avec l’ADSC (administration du secteur social et culturel). La première réunion commune eut lieu au Centre Social à Leuven 's Meyersstraat , le 11 janvier 1972.
Certes, dans son livre « Naissance de Louvain-la-Neuve », Jean-Marie Lechat surévalue-t-il un peu son rôle en suggérant que c’est lui qui a inventé le Conseil de Résidents mais il fut un informateur fidèle tout au long de ces mois de préparation de la ville. Il proposa aussi la présence de Colette Deleval, de l’Administration du Secteur Social de l’UCL, pour assurer le secrétariat des réunions, ce que Colette fit avec loyauté distinguant quand il le fallait les positions de l’ADSC et du CR.
Ni Manu Lousberg ni moi-même ne se portèrent jamais candidats à des rôles d’autorité au CR ; nous avons essentiellement joué le rôle d’initiateurs et de porteurs privilégiés d’information. Pour les rencontres organisées avec des responsables de haut niveau, comme le Conseil d’Administration de l’UCL ou les autorités communales, une décision de délégation était prise.Pour sortir de cette fragilité, un bureau fut élu. Philippe Bruyère, étudiant en maths-physique, en prit la tête et assura la fonction de représentant privilégié du CR.
 
Jusqu’en août 1972, la préoccupation essentielle du CR était la présence future à LLN. Tout change quand on est sur place. Chacun a son calendrier : pour l’UCL le début de LLN, c’est le plus souvent la pose de la première pierre en février 71. Pour les animateurs du CR, c’est (dès) le mois d’août 72 à l’occasion du camp international organisé à la Ferme du Biéreau. « C’est là que le cœur de LLN a commencé à battre ». Des habitants permanents se domicilient. À partir de cette date, plusieurs étudiants préparent la ville, aident au nettoyage pour que les étudiants soient accueillis par des étudiants et autres résidents. Le CR veut être celui qui invite dans sa ville.
 
Avec sa résidence jour et nuit dans LLN, le Conseil des Résidents trouve une nouvelle légitimité. On pourra procéder à des élections sur base des lots urbains. Et les premiers élus choisissent Babeth Bonaert, étudiante en licence en sciences physiques, comme première présidente officielle.
Les réunions se multiplient car il faut gérer différemment le long terme (le Centre-Ville et sa dalle !) et le court terme. Même en s’affirmant dès novembre 1971, le Conseil des Résidents s’est retrouvé souvent devant des décisions déjà prises de façon irréversible.
Quelques points forts. Le soutien aux étudiants refusant de signer un contrat de logement modifié (autour de la mixité) par rapport à celui négocié. Le refus d’une grande crèche (dénoncée comme crèche mammouth) au profit de petites crèches réparties dans la ville. Le soutien aux habitants de la Baraque qui refusaient la politique de la table rase.
 
Cette histoire, on peut la lire dans le journal des résidents, La Bulle devenue Labule, témoin fidèle des premières années de la vie en ville. À l’été 1979, on constate que l’Association des Habitants remplace peu à peu le Conseil des Résidents. Les problèmes des résidents permanents s’écartent des soucis étudiants. Quels espaces de rencontre aujourd’hui entre les utopies urbaines des jeunes et des anciens ?
                                                                                                                                                                                                                    
                                                                                                                                               
Paul Thielen

vendredi 1 mars 2013

Foire des Kots-à-projet. Kap's Cup. LLN 6 mars 2013

Bonne idée que d'offrir à la Foire annuelle des KAP'S un beau gâteau d'anniversaire. Sous le signe des 40 ans en 2013. C'est un peu troublant parce qu'en 2005 les KAP's avaient fêté leur 30e anniversaire. L'UCL a elle aussi souvent jonglé avec les chiffres.
Fondation officielle de l'Université : 1425
Début des cours : 1426
1788 : Joseph II transfère l'Université à Bruxelles.
1799 : suppression de l'Université de Louvain sous l'administration française (3 brumaire de l'an IV ou 14 octobre 1797)
1816 : Guillaume I crée une Université d'Etat à Leuven. Rien à voir avec l'UCL
1834 : L'Eglise suscite une Université libre catholique à Malines.
1835 : Suppression de l'Université d'Etat de Leuven. L'Université venant de Malines occupe le nid louvaniste (tel un coucou de Malines). Beaucoup d'universitaires, particulièrement à l'ULB, considère que l'UCL actuelle a été fondée en 1835 et que l'ULB est donc antérieure. Louis Tobback racontait fin 2012 que les Louvanistes avaient fêté en 1910 le 75e anniversaire de leur Université et en 1925 le 600e! L'UCL a joué sur le temps pour faire admettre largement que leur université était bien la résurrection de l'Université déplacée en 1788 par Joseph II et supprimée définitivement par l'administration française en 1799.
1864 : Création des Ecoles Spéciales qui connaitront leur chemin propre jusqu'à intégration complète dans l'UCLouvain.
1971 : Inauguration de la première pierre au Cyclotron le 2 février 1971 (certains textes noteront erronément le 1er février) On fêtera le 40e anniversaire de cette pose en 2011, en associant le transfert du pavé sacré, ce qui a troublé les journalistes.
1972 : Premiers cours et rentrée des étudiants en octobre 1972. Certains habitants et étudiants logeaient de façon permanente ou occasionnelle sur le site depuis aout 1971 (camp international au Biéreau).
6 maisons communautaires (de service) dans la première phase (CSE, CRU, CIEE, Maphys, CI, Maison Galilée. Des appartements communautaires (plus proches des KAPs actuels) comme la Lemniscate, Léonard de Vinci, ...
1975 Organisation du réseau des KAPs. Autoproclamé. En route vers l' "Organe".




mercredi 20 juin 2012

40 ans Ferme du Biéreau. La fête


Les fêtes du 40e anniversaire de Louvain-la-Neuve, ville et pas seulement entreprise scientifique, débutent ce samedi 30 juin, au lieu où l'animation de la ville nouvelle a vraiment commencé : la Ferme du Biéreau. Pendant les grandes vacances de 1972, le grand carré brabançon a été animé par un camp international dont l'ambition, selon Simon-Pierre Nothomb, responsable des relations extérieures de l’UCL, était de donner un petit coup de neuf à cet espace sauvage mais aussi de colorer la nouvelle implantation par les drapeaux des nations. Des jeunes de nombreux pays avaient été invités. Et plusieurs des futurs habitants du quartier Biéreau vinrent donner un coup de main à ces petits travaux de rénovation et participer à l’ambiance.
Le bâtiment du Génie civil, avec Manu Lousberg digne héritier de Baden Powell, avait depuis longtemps marqué le territoire d'une borne blanche. Les ultra-pionniers de la famille Jongen occupaient leur cantonnement dans un bosquet du futur parc, dès 1971 l'UCL avait déposé la pierre de fondation dans l'enceinte du cyclotron, quelques futurs responsables de services s'installaient dans les premiers immeubles collectifs mais pour la première fois c'est dans la Ferme du Biéreau que le cœur de Louvain-la-Neuve s'est mis à battre.
Oui, Louvain-la-Neuve a commencé sur la paille. Le fumier trônait toujours au centre de la ferme, les bovins donnaient le « la » pour l’avenir musical du site et Monsieur Roussel avait bien l'intention de prolonger un peu son bail.
Il a vite compris qu'il pourrait se faire des alliés du petit groupe d'étudiants qui s'installaient pour quelques années en son logis. Il partageait leur table, se faisait à leurs habitudes. Un souvenir : pour les participants qui le désiraient, une eucharistie simple avait été prévue dans la salle du logis, à droite en entrant par le petit escalier. On célébrait assis à la table commune. Quelqu'un est allé demander une assiette à Roussel afin de déposer le pain. Le fermier est entré pendant la célébration et est resté quelques minutes. À la fin on lui a demandé s'il n'avait pas été troublé par la façon étudiante de célébrer une messe. Il a dit seulement : « si j'avais su que c'était pour cela, je vous aurais donné une plus belle assiette ». Ce fut la première messe à Louvain-la-Neuve.
Pendant le bal de clôture du camp, dans les écuries, Roussel a jailli soudain au milieu de la piste, il a arraché un jeune fermier aux bras de sa cavalière et l'a entraîné dans l'étable en disant "viens, j'ai des taureaux à vendre". Et la jeune fille est restée penaude au centre des danseurs.
Il est symbolique que les habitants actuels du « corps-et-logis » de la « Ferme du Beau Regard » lancent la fête des 40 ans. Avec le hameau de la Baraque, ce fut un peu le caillou dans le soulier des concepteurs de la ville. Il rappelait que les universitaires arrivaient sur un terrain faiblement peuplé mais où certains habitants désiraient refuser le départ pour tenter la cohabitation. Il rappelait que l’art a des faces diverses et l’occupation actuelle des lieux, traversés par une emblématique diagonale, marque bien la pluralité des extrêmes. Amateurs et pros ?
La Ferme exprime bien aussi une des découvertes du vieux Leuven, transposées dans Louvain en Wallonie, c’est qu’un lieu d’animation doit être habité. Pas seulement par un couple de concierges ou un régisseur. Pendant 40 ans, les relations du groupe des habitants avec les autorités universitaires et communales ont souvent été difficiles. On reprochait aux occupants des faiblesses administratives, le blocage prolongé de lieux que l’on désirait rentabiliser un jour. On leur imposa parfois un gestionnaire.
Quarante plus tard, l’esprit de 1972 est toujours présent. Tout le monde est invité à la fête, samedi 30 juin, dans le carré historique. On inaugurera une exposition avec des photos de ce fameux camp international fondateur. Écouter de la musique, chanter, danser comme aux temps apostoliques. Et l’atelier sérigraphique où séchèrent, sur des cordes à linge, tant d’affiches du passé, retrouvera sa fonction en imprégnant des tee-shirts.